Le portrait de Madeleine de Blancey, baronne de Joncy

Madeleine de Blancey, baronne de Joncy, huile sur toile, 83 cm x 64 cm, Attribué à Nonotte.

En 1776, pendant son veuvage survenu en 1766, Madame de Joncy (1725-1796), née Marie-Madeleine Bernard de Blancey, avait acquis à Fontaine-lès-Dijon un vaste domaine, dont les limites correspondraient aujourd’hui à la rue du Lieutenant-colonel Clère, la rue des Carrois, la rue de la Confrérie et la rue Bernard-Mathey. L’opulence de cette maison de campagne, qu’elle vendra en 1796, était le miroir de la fortune et de la sociabilité d’une fille, épouse et mère de parlementaires dijonnais. Tout au long de la saison d’été, l’hospitalité y était généreuse. On y partageait l’agrément d’un grand jardin, objet de soins attentifs. Le décor et les meubles de cette demeure fontainoise illustraient le raffinement de la maîtresse de céans dont on a la chance d’avoir conservé un portrait.

D’après le costume et la coiffure, le portait de Mme de Joncy pourrait avoir été peint vers 1750, à l’époque de son mariage[1] avec Pierre-François Cottin de Joncy (1719-1766). Le cartel ajouté au XIXe siècle ne précise pas la date de réalisation. Représentée en buste, de face, sur fond de ciel sombre et de frondaisons, la jeune femme est vêtue d’une robe blanche dont les larges manches sont resserrées par un lien de perles; un petit volant borde le décolleté. Une large écharpe de soie bleu clair[2], drapée en travers du buste, est retenue sur l’épaule gauche et, au niveau de la taille, par deux broches. Les cheveux poudrés sont coiffés en rouleaux à boucles serrées et le sommet de la tête est orné d’un affiquet bleu (petit bijou qu’on agrafait) en forme de fleur. La pose statique et le luxe du vêtement désignent un portrait officiel. La toile est présentée dans un cadre sculpté de coquilles et de tiges de fleurs de style rococo.

Ce tableau est passé en vente à Drouot le 26 mai 2008[3]. La notice du catalogue indique «attribué à Donat Nonnotte (1708-1785), vers 1745/1750 » mais cette attribution qui figure sur le cartel ne convainc pas les spécialistes[4].  Le regard fixe, les traits idéalisés, la physionomie peu expressive de Mme de Joncy sont éloignés de la manière du peintre. « Dans ses portraits de femmes de la haute société lyonnaise qui sont dans le paraître, il y a toujours chez Nonnotte un souci de réalisme dans les traits ou le regard. Il donne également aux carnations une luminosité plus soutenue, et les yeux ont souvent une petite touche dorée que l’on retrouve aussi dans ses portraits d’hommes. (De plus), l’importance donnée ici au pan de soie qui barre le buste de cette jeune femme n’est pas dans les habitudes du peintre. Ses drapés sont plus sages et il n’accorde pas autant de brillance et de virtuosité à ce type d’ornement artificiel »[5].

L’attribution de ce beau portrait, apparemment dans son cadre sculpté d’origine, semble donc discutable mais cette peinture rend à Mme de Joncy son identité.                                                                                                                                                                                 Sigrid Pavèse, Élisabeth Réveillon

[1] 9 février 1750, dans l’église collégiale et paroissiale Saint-Jean de Dijon
[2] On peut voir une écharpe semblable dans le portrait de Madame de La Porte par Jean-Marc Nattier, 1754.
[3] https://www.gazette-drouot.com/lots/451887
[4] MARTIN-DE VESVROTTE (Sylvie). Les portraits de femmes dans la carrière de Donat Nonnotte ». Bulletin des-musée et monuments lyonnais. 1992, n°. 3-4, p. 26-49.
[5]Remerciements à Sylvie de Vesvrotte pour son analyse du tableau (communication du 8.9.2020).

François Goisset, un hôtelier à Fontaine-lès-Dijon au début du XIXe siècle

Sous la plume de Michel-Hilaire Clément-Janin[1], à propos des hôtelleries dijonnaises, on peut lire qu’au XIXe siècle : « L’activité de Goisset est restée légendaire à Dijon. Il dirigeait quatre établissements : le Chapeau Rouge, la Cloche, le Tivoli et une maison à Fontaine pour les voyageurs malades. Il ouvrait le bal du Tivoli[2] par quelques coups de trombone, – c’était un trombone émérite ! – puis, tout son monde en train, il accourait au Chapeau Rouge, y remuait deux ou trois casseroles sur les fourneaux, causait avec les habitués de l’hôtel, donnait du trombone au bal[3] ; s’en allait à la Cloche jeter le coup d’œil du maître[4], puis à Fontaine, souhaiter le bonsoir à ses malades ».
Le personnage truculent et plein de vitalité qu’évoque Clément-Janin et qui avait un établissement à Fontaine-lès-Dijon est François Goisset (1770-1851). Il était le fils de Jean-Baptiste Goisset (1737-1820) reçu hôtelier du Chapeau Rouge en 1780, à l’origine d’une dynastie d’hôteliers qui va marquer de son empreinte tout le XIXe siècle à Dijon.
En 1812, le très entreprenant François Goisset avait acheté avec sa femme, Philiberte Gouaille, la maison et le clos attenant, 6 rue Bernard-Mathey[5]. Après la Révolution, les bâtiments du domaine avaient été morcelés, aussi n’était-il devenu propriétaire que d’une partie de la maison de maître. L’aspect de la façade de ce bâtiment était alors bien différent de celui qu’on lui connaît aujourd’hui et qui date de 1872. À la faveur d’une succession, en 1832, il rachète « la maison du vigneron », la grande bâtisse perpendiculaire à la rue Bernard-Mathey, à l’est de la cour où l’on pénètre par le grand portail, avec, en face, « le bâtiment Mathey » qui correspond à l’aile en retour d’équerre de la maison de maître[6]. En 1847, sa femme étant décédée, il revend le tout avec ses trois enfants, François, maître d’hôtel comme lui, Jean-Baptiste, maître de poste, et sa fille Élisa, épouse d’un négociant, à des prêtres qui y accueilleront des orphelins[7].
À Dijon, la circulation des voyageurs était importante car au début du XIXe siècle, la ville était un grand carrefour routier où passaient marchands, militaires et personnes qui voyageaient pour leur agrément. Il est donc regrettable de ne disposer d’aucune donnée sur cet établissement d’hébergement pionnier, qui répondait à un besoin, car Dijon comme chef-lieu, était un gros centre d’accueil temporaire.                                                                                                                                        Sigrid PAVÈSE

[1] CLÉMENT-JANIN, Michel-Hilaire, Les Hôtelleries dijonnaises, Dijon, 1878, p. 22.
[2] Un café restaurant « Le Quinconce », agrémenté d’une harmonie, avait été ouvert en 1801 par François Goisset sur la promenade qui correspondait au boulevard de Sévigné. Les bals qui y étaient donnés de jour étaient très fréquentés. On y tirait des feux d’artifice. Des spectacles équestres et de voltige étaient proposés.
[3] L’hôtel du Chapeau Rouge a été exploité par Jean-Baptiste Goisset jusqu’à sa mort en 1820 mais son fils, devenu propriétaire des lieux en 1802, y ouvre un café d’harmonie dans une partie duquel il y a billard, loto, « tabagie », jeux. L’établissement possédait un parquet où l’on dansait. Il y avait un jeu de courte-boule et un jeu de quilles dans la cour, des spectacles et des marchands forains.
[4] L’hôtel de la Cloche, dont François Goisset était propriétaire, était situé alors dans l’actuelle rue de la Liberté au n° 9. Il accueillait des hôtes prestigieux comme le maréchal Ney en 1815.
[5] Archives départementales de la Côte d’Or (ADCO), 4 E 2 art. 2692, 9 octobre 1812.
[6] ADCO, 4 E 14 art. 26, 28 juillet 1832, procès-verbal d’adjudication.
[7] ADCO, 4 E 5 art. 249, 1er mai 1847.

L’autel de saint Bernard dans l’église paroissiale de Fontaine-lès-Dijon avant la restauration de 1899

L’autel de saint Bernard vers 1899 (Carte postale).

L’autel de saint Bernard aujourd’hui (Cliché Michel Laignelet, 1974).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’autel de saint Bernard, situé dans la chapelle nord de l’église paroissiale a connu diverses transformations au cours du XXe siècle. Sur une carte postale antérieure à la restauration de 1899, il présente un aspect bien différent de son état actuel.

Si l’on distingue à peine la partie supérieure de l’autel, on voit surtout l’imposant retable qui le surmontait et qui masquait complètement le lavabo de la chapelle d’origine. Ce retable architecturé en bois était composé d’une travée flanquée d’ailerons à volutes ;  deux colonnes cannelées à chapiteau corinthien, dont le tiers inférieur était sculpté de tiges de laurier enroulées, encadraient la contretable et supportaient un entablement à frise sculptée et corniche à denticules.

Le tableau d’autel représentait sainte Catherine d’Alexandrie, agenouillée sur les débris de la roue de son supplice. Ce sujet sans rapport avec le titulaire actuel de la chapelle s’explique par le fait qu’elle était dédiée auparavant à sainte Catherine, patronne d’une confrérie pour les femmes et les jeunes filles attestée dès la fin du XVIIe siècle[1]. La composition, inspirée d’une estampe de Louis Simonneau (1654-1727) d’après un tableau d’Antoine Dieu (1662-1727)[2], reproduisait la seule figure de la sainte, mais non les bourreaux et l’ange qui venait la couronner de fleurs[3].

Au-dessus du retable, une niche ménagée dans l’ébrasement de la baie murée abritait une statue de la Vierge à l’Enfant debout sur un croissant de lune et reposant sur un socle orné de têtes d’angelots.

Sur l’autel, un tabernacle à ailerons supportait le célèbre buste de saint Bernard attribué au sculpteur Paul Noël Barralet. Provenant de l’abbaye de Molaise, il avait été donné à la paroisse en 1811 et son installation dans cette chapelle datait probablement de cette époque. Le changement de vocable était précisé par l’inscription peinte sur le cartouche surmontant le tableau : J.M.J. SANCTE BERNARDE ORA PRO NOBIS.

De belle facture, les divers éléments : retable, tabernacle, statue et tableau formaient un ensemble cohérent de style XVIIIe siècle, surchargé au siècle suivant de tentures et de guirlandes.

Élisabeth RÉVEILLON

[1] Bulletin paroissial n° 4, avril 1908, p. 26.
[2] Élève de Le Brun.
[3] Patrimoine d’Aquitaine, Les dossiers de l’Inventaire, Dossier IM40006612 (http://dossiers-inventaire.aquitaine.fr/dossier/tableau-du-retable-de-l-autel-de-sainte-catherine-sainte-catherine-d-alexandrie/a4066e15-fcb2-4770-a1c2-deb761678fba)

La grotte de Lourdes du parc Saint-Bernard à Fontaine-lès-Dijon

Il existe des milliers de grottes de Lourdes dans le monde. Celle du parc de la Maison natale de saint Bernard à Fontaine-lès-Dijon date de 1898. Elle a été commanditée cette année-là par les Missionnaires de Saint Bernard[1], gardiens de la Maison natale depuis 1880,  et elle a été financée par la charité des pèlerins bourguignons. C’est une lettre circulaire de l’abbé Auguste Lavielle de mars 1899[2] qui nous l’apprend. Missionnaire de Saint-Bernard depuis 1894, l’abbé Lavielle (1859-1941) était chargé de la gestion matérielle des affaires de la Maison natale. À ce titre, il collectait des fonds pour l’œuvre des Missionnaires et cherchait continuellement des bienfaiteurs. Comme par ailleurs les Missionnaires étaient directeurs du pèlerinage bourguignon à Notre-Dame de Lourdes, il profite de l’envoi d’un compte-rendu du dernier pèlerinage pour solliciter du destinataire de la missive[3], une seconde obole, afin de solder la somme relativement importante restant après l‘achèvement des travaux, en octobre 1898. Il fait appel à sa « générosité bien connue », à sa « dévotion à la bonne mère » et insiste sur le fait que cette grotte doit être «  l’œuvre exclusive des pèlerins bourguignons ».
Première entreprise de la réhabilitation de la Maison natale conduite par la Société civile de Saint Bernard, propriétaire de tout le domaine à partir de 1878[4], le parc Saint-Bernard, au cœur duquel s’inscrit la grotte, a été créé en 1879, dans l’objectif de permettre les processions autour du château. L’œuvre de restauration était placée sous les auspices de la Vierge[5] que saint Bernard avait beaucoup célébrée, mais, jusqu’à présent, aucun document n’a été retrouvé permettant d’attester formellement que le projet d’établissement d’une grotte de Lourdes ait existé lors de la conception du parc. Ce qui est certain, c’est que la réalisation de la réplique de la grotte se place dans le pic de copies correspondant au quarantième anniversaire des 18 apparitions de la Vierge à Bernardette Soubirous, en 1858.
La grotte a été inaugurée le 24 mai 1898, fête de Notre-Dame Auxiliatrice, et la statue bénite par le supérieur des Missionnaires de Saint Bernard, Christian de Bretenières[6]. La copie de la grotte est « bien conforme à celle de Lourdes », même si ses dimensions en largeur et en profondeur sont moindres que celles de la grotte pyrénéenne[7]. À Fontaine, elle s’inscrit de manière naturelle dans une dénivellation du terrain, mais la similitude de son apparence n’a été permise que par des travaux de creusement de la cavité dans le calcaire et l’emploi de ciment pour lisser les parois. La statue qu’elle abrite dans une anfractuosité est analogue à celle sculptée par Joseph Hugues Fabisch en 1864 pour la grotte de Massabielle. La Vierge, mains jointes, est vêtue d’un voile blanc et d’une robe de même couleur retenue par une ceinture bleue retombant en deux longs rubans. L’aménagement est complété par une esplanade et un autel régulièrement décoré, ce qui est un bon indicateur de la fréquentation du site aujourd’hui.

Sigrid Pavèse

[1] Communauté de prêtres auxiliaires et missionnaires pour le diocèse de Dijon établie le 18 février 1880 dans la Maison natale de saint Bernard.
[2] Lettre achetée à un particulier par les AVF et remise aux Archives diocésaines de Dijon.
[3] Le nom n’est pas indiqué.
[4] Bulletin du VIII e centenaire de saint Bernard, n°3, novembre 1890.
[5] Œuvre de la restauration du sanctuaire natal de saint Bernard, sans date. (Vers 1890).
[6] La semaine religieuse, 21 mai 1898.
[7] La grotte de Massabielle mesure 3,80 m de hauteur, 9,50 m de profondeur et 9,85 m de largeur (Internet).

La Vierge à l’oiseau de la chapelle Saint-Martin à Fontaine-lès-Dijon

Vierge à l’oiseau. Chapelle Saint-Martin. Fontaine-lès-Dijon. (Cliché Michel Laignelet, 1974).

Vierge à l’oiseau. Chapelle Saint-Martin. Fontaine-lès-Dijon. (Cliché Michel Laignelet, 1974).

La Vierge à l’Enfant ou Vierge à l’oiseau est une sculpture en ronde-bosse présente dans la chapelle Saint-Martin à Fontaine-lès-Dijon. Elle s’apparente aux vierges champenoises ou bourguignonnes du XIVe siècle. Marie, debout, tient l’Enfant appuyé sur sa hanche à l’aide de son bras gauche. Ses mains, dont la droite serre un bouquet de fleurs, sont traitées de façon schématique. Marie est vêtue d’une fine robe ceinturée sous la poitrine et d’un ample manteau dont le drapé retombe en plis tuyautés. Un voile court est posé sur sa chevelure longue et bouclée. Sa bouche est petite, son nez droit et ses yeux en amande clos à demi ne regardent ni l’Enfant, ni les fidèles. Elle est pensive, tout comme l’Enfant qui tient un oiseau dans sa main gauche. Ce dernier porte un linge fluide qui laisse voir ses orteils traités assez sommairement. La légère inflexion de la tête de la Vierge vers l’Enfant, l’expression de douceur intériorisée, le geste du bras droit de l’Enfant vers sa mère suscitent l’émotion.

Cette statue en pierre reconstituée fut bénite le 11 novembre 1965 par Mgr André Mathey, vicaire général, lors de l’inauguration de la chapelle Saint-Martin[1]. Elle était située alors dans l’oratoire, devant une fenêtre, donc à contre jour, pour être visible de la rue. Elle a été déplacée à gauche de l’autel lors du réaménagement de la chapelle en 2007. Elle a été offerte pour la chapelle par l’abbé André Philbée, curé affectataire de la paroisse, qui l’avait achetée, sur catalogue, avec le maître d’œuvre, Roger Rouzet, à un marchand d’articles religieux, rue du Tillot à Dijon[2]. On ne sait malheureusement rien de l’atelier de moulage à l’origine de cette fabrication, ni de l’auteur du modèle, qui s’est visiblement inspiré d’une œuvre médiévale.

Sigrid Pavèse, Élisabeth Réveillon

[1]Le Bien public, 12 novembre 1965.
[2] Lettre de M. René Rohrbacher au Conservateur des Antiquités et Objets d’Art de la Côte-d’Or, 11 juin 1996.

Le 1% artistique du groupe scolaire des Porte-feuilles : la céramique bleue

Le groupe scolaire des Porte-feuilles, réalisé entre 1985 et 1989, offre une composition très urbaine, avec des façades s’alignant, à l’ouest, sur la place des Trois-Saffres, en retour d’équerre, au nord, sur la rue Majnoni d’Intignano et, au sud, sur l’avenue de Kirn. La façade ouest des deux écoles, maternelle et élémentaire, est dessinée de manière classique, avec une entrée dans l’axe de chaque bâtiment et un restaurant scolaire qui les relie. Le décrochement des façades, la recherche de modénatures aux formes souples, la variété des toits, permettent d’animer les volumes[1].

Comme toute création architecturale publique et notamment scolaire, le groupe des Porte-feuilles,  devait réserver 1% du montant des travaux, hors taxe, à une œuvre d’art contemporain conçue en fonction du lieu. À la veille de l’achèvement des travaux de l’école maternelle et du restaurant scolaire, qui constituaient la première et la deuxième tranche de la construction, l’architecte Bernard Merlin demande à la SO.CO.RAM (Société Côte-d’Or Aménagement) qui a été chargée, pour la commune de Fontaine-lès-Dijon, de la réalisation du programme, ce qui a été prévu pour répondre à la disposition légale dite du 1% artistique ou 1% décoratif, instituée en 1951. La SO.CO.RAM lui répond que, dès le début de l’opération, il a été envisagé une sculpture ou une fontaine pour marquer les deux entrées de l’école et animer ce qu’on appelait alors le mail, qui deviendra la place des Trois Saffres[2], inaugurée en 1993. Elle indique que l’œuvre pourrait être placée au droit du restaurant scolaire, qui occupera une position centrale dans la composition finale du groupe.

Mais, en effectuant une étude plus approfondie des couleurs et des matériaux, est apparue au concepteur la nécessité de souligner les lignes horizontales par un contraste. Le blanc du revêtement des corniches, l’ocre rosé des enduits, les bordures hautes et basses des allèges en carrelage blanc, analogue à celui des poteaux, appelaient une troisième couleur plus soutenue. L’architecte souhaite donc adopter pour les allèges une céramique résistante de marque GAIL[3], de teinte bleu pigeon, dans un format 11×22, assortie au carrelage blanc, mais qui entraînait une plus-value conséquente par rapport à un simple enduit[4]. Le but de la commande publique étant d’enrichir le cadre de vie, l’architecte très contraint par le budget imparti à l’opération, suggère donc que le 1% porte plutôt sur le revêtement des façades, ce qu’accepte le conseil municipal, qui sollicite à cet effet le département pour une subvention[5] .

Les créations réalisées dans le cadre du 1% artistique étant assez libres, ce revêtement en céramique bleu gris plutôt clair, qui rappelle le plumage des pigeons et orne le centre des allèges, en formant un heureux contraste avec les ossatures en aluminium laqué rouge, s’est donc trouvé associé au cadre institutionnel de la procédure du 1% artistique. Pour le groupe scolaire des Porte-feuilles, l’architecte est donc l’artiste du 1% artistique.                                                                                        Sigrid Pavèse

[1] Archives municipales de Fontaine-lès-Dijon (AMFLD), 1M3bis 40.2 : Note sur le parti.
[2] AMFLD, 1M 3bis 40.2 : 22 août 1985, Courrier de la SO CO RAM à l’architecte.
[3] Société Gail Architektur-Keramik, fabricant de carrelage.
[4] AMFLD, 1M 3bis 40.2 : Devis estimatif de la plus value TTC 6 947,61 Francs pour les tranches 1 et 2.
[5] AMFLD, D1.13 : Délibération du conseil municipal du 6 octobre 1987.

Le bureau d’octroi à l’angle de la rue de Jouvence et de la rue du Général Fauconnet

L’octroi, qui consistait en taxes sur les marchandises entrant dans une ville pour en payer les frais d’entretien (pavés, éclairage…) se rencontre à Dijon dès le Moyen Âge[1]. Appelé ainsi car, sous l’Ancien Régime, ces taxes ne pouvaient être établies sans que le roi en eût « octroyé » la permission par lettres patentes[2], cet impôt est aboli en 1791, puis rétabli par le Directoire en 1798. À la fin du XIXe siècle, il correspond à la moitié des recettes de la ville de Dijon.
Jusqu’au milieu du XIXe siècle, Dijon est une ville close et l’enceinte de l’octroi correspond au chemin de ronde des remparts. Avec la Révolution industrielle, la population augmente et la ville s’étend. Aussi les faubourgs sont-ils progressivement assujettis à cette taxe. En 1889, la limite de l’octroi atteint Fontaine. Le poste de la rue Courtépée dit d’Ahuy, datant de 1855, est transféré en 1883 à l’angle de la rue de Jouvence (ancien chemin d’Ahuy) et de la rue Général Fauconnet[3]. Le nouveau bureau est élevé en 1889 sur un terrain de 275 m² acheté par la Ville à un particulier. Il est construit à partir des matériaux de l’ancien bureau de la rue Courtépée. Le plan est dressé par l’ingénieur directeur des travaux communaux, Didier. Le bâtiment en moellons enduits, qui donne au sud sur un petit jardin de 170 m² avec un puits à l’angle, est bâti sur une cave. Il comprend au rez-de-chaussée un bureau, auquel on accède par une porte protégée par une marquise, une alcôve, un vestibule et une chambre servant de cuisine. On gagne l’étage par un escalier intérieur en bois qui dessert deux chambres et un cabinet avec grenier dessus. À l’extérieur, un chaînage harpé aux angles et un encadrement des baies sont les seules ornementations de cet édifice au toit à deux versants couvert en tuiles. Le poste était indiqué par un tableau portant ces mots : « Bureau de l’octroi [4]».
Les critiques contre l’octroi ont toujours été nombreuses, c’est pourquoi la première municipalité socialiste de Dijon, décide de le remplacer par des centimes additionnels sur les contributions foncières et mobilières. Pour cela, elle organise, le 12 mars 1897, le premier référendum communal en France. Le oui l’emporte mais l’initiative n’est pas approuvée par l’autorité supérieure et il faut attendre 1906 pour que la loi autorise cette suppression.
La suppression de l’octroi laisse libres toutes les constructions servant avant 1906 à loger les receveurs. L’administration met donc progressivement en vente les bureaux qui ne présentent aucun intérêt d’utilité publique. La vente aux enchères du bureau de la rue Général-Fauconnet est décidée en 1921[5]. Devenu une maison d’habitation, l’édifice reste parfaitement identifiable dans le paysage urbain et rappelle l’ancienne démarcation entre la ville et la campagne.

Sigrid Pavèse

[1] INGUENAUD (Virginie), « Les bâtiments de l’octroi à Dijon au XIXe et XXe siècles », Le bulletin du renouveau du vieux-Dijon, n° 53, 201, p. 22.
[2] SAY (Léon),  Dictionnaire des finances publiques, 1894-1899.
[3] Archives municipales de Dijon (AMD), 1 M7-43.
[4] Ordonnance du 9 décembre 1814, citée par GOJOSSO (Éric), Entrer en Ville, Presses Universitaire de Rennes, 2006.
[5] AMD 1M7-1, Autorisation d’aliénation après enquête publique le 4 juin 1906 et délibération du 24 mai 1921.