Fontaine-lès-Dijon dans le Bien public de 1967

En 1967, la population de Fontaine atteint 3 482 habitants soit une augmentation de 36 % en huit ans. Cette forte croissance démographique nécessite des travaux d’équipement mais les mesures restrictives prises par le gouvernement en matière de subventions freinent les réalisations de la commune. Celle-ci doit avoir recours à l’emprunt pour la création de classes provisoires, puisqu’elle n’a pas obtenu l’autorisation de nouvelles tranches de travaux d’extension pour chaque groupe scolaire, l’achat de terrains pour l’agrandissement du cimetière ou les deuxième et troisième tranches de l’assainissement. La municipalité continue à se montrer favorable à des lotissements privés, mais les difficultés d’approvisionnement en eau la contraignent à freiner certaines réalisations, comme celles de la rue des Félizots. Il est de plus en plus évident que l’évolution des programmes de logements, effectués au gré des opportunités foncières par les promoteurs, doit être mieux encadrée que par les dispositions du plan d’urbanisme directeur de 1964. Par ailleurs, la commune qui a toujours tenu à son indépendance, comme toutes les communes voisines, est obligée, pour des raisons de rationalité de gestion, de dépasser le cadre des négociations de commune à commune et d’entrer dans celui de l’association avec les communes limitrophes. C’est ainsi qu’elle participe, dès sa création, au SISAD (Syndicat Intercommunal des Services de l’Agglomération Dijonnaise) qui comporte trois services communs : transports en commun, enlèvement des ordures ménagères et Agence Intercommunale d’Urbanisme Dijonnaise (AGIUD). Les compétences du SISAD ne peuvent qu’être amenées à se développer et dès 1967, elles s’étendent à l’assainissement. On voit que le SISAD est l’embryon qui deviendra le district, puis la COMADI et enfin Dijon métropole.

La grande opération de 1967 est la réalisation des 600 m du boulevard des Allobroges entre la rue de Fontaine et le boulevard Galliéni, qui permet d’avoir un boulevard périphérique ceinturant Dijon de manière ininterrompue du pont des Chartreux à la place Roger Salengro. C’est la fin des embouteillages créés par le transit au centre de Dijon pour aller par le nord de la RN71 à la RN 74.

Avec l’urbanisation, une page du Fontaine rural se tourne une nouvelle fois avec l’alambic qui ne s’installe plus à l’entrée de l’hiver dans la commune. Les bouilleurs de cru doivent se rendre désormais à Daix. Par ailleurs, la mesure qui avait considéré les friches communales comme réserve de chasse est reconduite. La demande de location du droit de chasse par la société de chasse « La Diane de Fontaine-lès-Dijon » est rejetée, car cette société revêt un caractère privé, puisque depuis longtemps elle n’accueille plus tous les chasseurs de Fontaine-lès-Dijon.

La rubrique de Fontaine s’enrichit des photos de mariage, de communions privées, de communions solennelles et de confirmations, tandis que l’animation culturelle locale s’engage sur la voie de la neutralité religieuse avec la création de l’association chantante « l’Eau vive », association qui groupe 60 enfants et adultes. Cependant, pour des raisons de disponibilité des locaux, les enfants répètent le jeudi dans la salle annexe de la chapelle Saint-Martin, alors que les adultes qui répètent le soir ont à leur disposition une salle de la mairie.

La pause du milieu de semaine pour les écoliers est le jeudi jusqu’en 1972. À la fin de leur cursus à l’école élémentaire, les écoliers continuent à passer le certificat d’études primaires. C’est ainsi que onze filles et cinq garçons sont reçus. L’examen d’entrée en sixième subsiste pour ceux qui ne justifient pas d’un niveau suffisamment élevé pour être admis. Tous les élèves d’une classe d’âge sont loin d’être admis. Seuls les « meilleurs » le sont, comme l’indique la légende des photos des 40 enfants avec leur nom et prénom.

Politiquement, aux élections législatives de mars 1967, les Fontainois votent à 55% pour Henri Berger, représentant le camp présidentiel du général de Gaulle qui, s’il dispose encore de la majorité absolue, frôle la défaite avec la remontée de la gauche.

Sigrid Pavèse

Fontaine-lès-Dijon dans Le Bien public de 1966

Le retard pris dans les constructions scolaires en raison de l’ajournement d’année en année des autorisations administratives, place la municipalité dans une situation difficile pour assurer la scolarisation primaire. Cette année encore, aucune solution favorable n’est en vue malgré les terrains acquis et le désir de la municipalité d’aboutir. Les huit salles de l’école des Carrois sont occupées, de même que les huit de l’école des Saverney, or 50 élèves supplémentaires sont attendus à la prochaine rentrée. N’obtenant pas d’ouverture de crédit, car la priorité est donnée aux communes où de grands ensembles sont prévus comme Talant, Chenôve ou Marsannay, la municipalité demande la subvention pour la construction de deux classes provisoires aux Carrois. Toujours pour parer au plus pressé, la commune, qui présente un retard dans l’organisation de l’éducation dite maternelle, transforme les classes enfantines abritées dans les écoles primaires en classes maternelles, mais tant qu’elle ne disposera pas de nouveaux locaux, il n’est pas possible pour elle d’abaisser l’âge d’admission en dessous de 4 ans.

En avril, le boulevard des Allobroges après la mise en place de l’adduction d’eau et du collecteur d’assainissement.

Du projet à sa concrétisation, il faut du temps. C’est ainsi que cinq ans après la délibération initiale, le tronçon de 740 m, qui assure la jonction du boulevard des Allobroges à partir de l’ancien chemin des Roses (rue Octave Terrillon) pour aboutir au carrefour de la route d’Ahuy, avec la rue du Faubourg Saint-Martin et la rue Général Fauconnet, est mis en service en été. Cet aménagement, entièrement sur la commune de Fontaine, permet l’achèvement du contournement de Dijon par le nord, depuis le pont des Chartreux jusqu’à la place Roger Salengro, en reliant les routes nationales 5, 70, 71, qui traversent Dijon, détournant ainsi une partie du trafic lourd qui transitait par le centre de la ville.

Les procédures administratives et les difficultés pour obtenir les financements peuvent rétrospectivement avoir des effets bénéfiques. En effet, l’impossibilité à court terme d’installer les infrastructures nécessaires à l’assainissement et à l’approvisionnement en eau et en électricité a permis de conserver l’aspect naturel du sommet de la butte, car elle a empêché en grande partie l’aboutissement d’un projet de petit séminaire à cet emplacement, approuvé pourtant à l’unanimité par le conseil municipal.

L’entrée dans la modernité s’accompagne d’une remise en cause des valeurs traditionnelles. Véritable révolution pédagogique, la mixité scolaire commence à s’installer à Fontaine. C’est ainsi que la municipalité accepte la proposition de gémination, c’est-à-dire de mixité, par l’inspecteur primaire pour rééquilibrer les classes des Carrois et assurer une plus grande cohérence et un meilleur rendement que dans les classes à cours multiples existants. Cette gémination est timide : elle n’est pas demandée pour les grands garçons et les grandes filles, ni pour le groupe des Saverney. Ce choix est comme un ballon d’essai, qui répond davantage à des motivations économiques qu’idéologiques. Le changement social se manifeste aussi par la décision de ne plus amodier le droit de chasse, dont le profit était maigre pour la commune et de transformer le territoire en réserve de chasse. Par ailleurs, le cercle Saint-Bernard qui animait la culture à Fontaine en s’appuyant sur les potentialités locales n’a pas trouvé de relais et l’offre d’animation s’appauvrit, avec une seule séance de cinéma organisée par un éphémère club cinématographique et culturel Saint-Martin. La kermesse paroissiale et la fête de Saint Bernard se maintiennent. La ville reprend à son compte la tradition des colis de Noël. Les commémorations qu’elle organise rythment l’année sans grand relief et le bal des pompiers est annoncé très laconiquement. L’image prend de plus en plus de place : le journal met en valeur des cérémonies religieuses comme la confirmation ou la communion solennelle, qui donnent lieu à des photos de groupe, tandis que les photos de mariage se multiplient.

Sigrid Pavèse

Fontaine-lès-Dijon dans Le Bien public de 1965

L’année 1965 est une année électorale avec les élections municipales en mars. Signe de l’extension de la commune, le nouveau conseil comprend 21 membres au lieu de 17 et les électeurs bénéficient d’un second bureau de vote à l’école des Saverney, en plus de celui qui se tient habituellement à la mairie. Une seule liste sans étiquette est en lice et les électeurs renouvellent leur confiance à 13 anciens conseillers sortants. Jean Souny est réélu maire à l’unanimité pour six ans.

Un autre grand rendez-vous électoral a lieu en décembre afin de désigner le président de la République pour un mandat de sept ans. Pour la première fois sous la Ve République, le scrutin se déroule au suffrage universel. Le vote des Fontainois au deuxième tour est à l’image de celui des Français avec 55% des voix en faveur du général de Gaulle contre 45% pour François Mitterrand. À Fontaine, le président sortant a largement bénéficié du report des 20% de voix centristes qui s’étaient portées au premier tour sur Jean Lecanuet.

Après sa réélection, dans son discours de remerciements au conseil municipal, Jean Souny analyse la situation de Fontaine : « Elle ressemble à un enfant qui grandit trop vite. Les bases mêmes de la commune se modifient rapidement sur le plan géographique (le village n’est plus tout seul) et démographique (Fontaine compte atteindre 5 000 habitants en 1967). L’adaptation des services généraux à ces nouvelles structures subit une double accélération : celle du progrès et celle de l’accroissement du nombre d’habitants. Mais intervient un puissant facteur de freinage : l’argent, ce nerf incontesté de toutes les réalisations, moyen unique de travail qui, hélas ! nous arrive bien parcimonieusement ». À chaque conseil municipal, le maire fait le point sur l’état des projets d’assainissement, de renforcement du réseau d’eau potable, de constructions, d’élargissement de chemins ou de leur détournement. Pour tous les dossiers, la programmation des infrastructures est suspendue aux subventions, aux autorisations des administrations. Finalement, en 1965, en dehors des travaux de voirie et d’entretien des bâtiments communaux, seule débute l’exécution de la très modeste première tranche des travaux d’assainissement.

La commune quitte donc une situation mi-rurale, mi-citadine pour s’acheminer vers une urbanisation de plus en plus complète et la demande d’accueil des enfants dans des structures pendant les grandes vacances s’accentue. Le centre aéré laïc qui fonctionnait tout l’été pour les Dijonnais aux Champs d’Aloux, sur les terrains appartenant au Grand Séminaire, s’ouvre aux petits Fontainois.

Sur le plan cultuel, après une interruption de deux ans, les travaux de la chapelle Saint-Martin commencés en 1961 ont repris et la chapelle est inaugurée le 11 novembre.

Le curage de la mare en 1965.

Par ailleurs, la municipalité se préoccupe de l’embellissement du village et de l’hygiène en particulier, c’est pourquoi elle procède au curage de la mare avec une pelleteuse, ce qui, rétrospectivement, fait frémir aujourd’hui quand on connaît la fragilité de la couche imperméable qui la tapisse !

 

Le Cercle Saint-Bernard continue à animer la vie culturelle avec des séances de cinéma, des comédies, des sorties, des conférences et la remise de colis pour Noël aux personnes âgées. L’une des conférences fait écho à la détente entre l’Est et l’Ouest après le règlement de la crise de Cuba en 1962, ce qui a permis à deux Dijonnais de profiter des facilités accordées aux touristes par l’URSS et de venir témoigner de qu’ils ont vu. Néanmoins, malgré son succès, le Cercle Saint-Bernard a des difficultés de recrutement de nouveaux jeunes et lance un appel auprès des arrivants, afin qu’ils viennent le rejoindre et qu’il puisse ainsi poursuivre ses activités théâtrales.

Comme on peut le voir, le problème du renouvellement des bénévoles n’est pas nouveau, de même que les incivilités qui donnent lieu à des appels du maire à un « peu d’esprit civique qui devrait faciliter les choses ». C’est ainsi que l’édile fustige « les conducteurs qui considèrent la rue comme une annexe de leur domicile et y laissent stationner leur voiture sans nécessité et sans souci de la gêne occasionnée », ou « les partisans sans doute du moindre effort qui se refusent à parcourir les 20 ou 30 m qui les séparent du dépôt créé pour les fleurs fanées et jettent les débris à l’intérieur du cimetière » …

Sigrid Pavèse

Fontaine-lès-Dijon dans le Bien public de 1964

Le début de l’année 1964 est marqué par la disparition brutale, le 14 janvier, de Léonce Lamberton, le maire de Fontaine depuis la Libération, qui fait suite à celle tout aussi soudaine de son adjoint, Pierre Gueny. Léonce Lamberton laisse une commune de 3 000 habitants en pleine expansion, qui vient de se doter d’un plan d’urbanisme prévoyant 10 000 habitants à l’horizon de 1970. Fontaine est alors une commune dortoir : la plupart des habitants travaillent et se fournissent à Dijon. Les électeurs sont appelés aux urnes pour remplacer les deux conseillers. Une seule liste est présentée. Elle obtient une majorité écrasante. Jean Souny, l’ancien directeur de l’école communale de garçons depuis 1964, qui a continué à assurer sa fonction de secrétaire de mairie après sa retraite de l’Éducation nationale en 1957, est élu maire. Le discours qu’il prononce à la suite de son élection est intégralement repris dans le quotidien. Il est le prélude à bien d’autres qui forcent l’admiration par leur humanisme.

À la mairie, l’ouverture du nouveau groupe scolaire des Carrois a libéré des salles. La porte de l’ancienne classe donnant sur la rue Saint-Bernard est transformée en fenêtre. Le crépissage du bâtiment est effectué. L’idée d’établir une nouvelle mairie dans la maison de maître de la rue Bernard-Mathey est abandonnée. Des terrains sont acquis aux Carrois pour construire un bâtiment moderne répondant aux nouveaux besoins.

La réalisation de la dernière tranche de modernisation du réseau électrique est lancée et le projet d’extension générale du réseau d’eau est mis à l’étude, mais rien ne peut être fait pour l’assainissement tant que l’agrandissement de l’usine de Longvic n’est pas effectif. Un terrain de jeux, à l’origine du plateau d’évolution des Carrois, est installé mais la cour de l’école n’est pas achevée et l’absence d’école maternelle dans la commune reste sans solution. En attendant, les deux groupes scolaires sont dotés d’un téléphone, d’un aspirateur… D’importantes réparations au presbytère sont entreprises et un devis de réfection du toit de l’église est demandé. Des lampes pour l’éclairage public sont posées dans les nouveaux lotissements. Les travaux de construction du boulevard des Allobroges débutent par l’aménagement du carrefour au niveau de la route d’Ahuy. Des bordures de trottoirs sont posées rue du faubourg Saint-Martin. À la mare qui est réaménagée, les saules font leur apparition. Près du cimetière, un petit parking est créé. Fontaine est inclus dans le périmètre du syndicat de la zone industrielle de Dijon et les ordures ménagères sont désormais ramassées deux fois par semaine par la Franco-Suisse.

Les vignes et vergers disparaissent de plus en plus mais le caractère rural de la commune continue à se manifester avec le syndicat fruitier, la présence de l’alambic pour les bouilleurs de cru, la déclaration des récoltes de vin, la destruction d’un terrier de blaireaux aux Rompots par le garde fédéral accompagné des meilleurs chasseurs du village. En 1964, la sécheresse est exceptionnelle et pour prévenir les incendies, un arrêté municipal précise que les paillers, gerbiers, meules de foin ou tout autre stock de fourrage en dehors de bâtiments agricoles devront être placés à une distance minimum de 50 m des habitations. Pour accroître la mobilité des sapeurs-pompiers de Fontaine, une camionnette d‘occasion est achetée, la commune n’étant pas suffisamment riche pour acquérir un véhicule neuf. L’esprit village est encore très fort et toutes les compétences sont mobilisées pour remettre le « tub » Citroën de 11 CV en état. Lors de sa remise officielle, le maire est très fier de montrer cette « œuvre » commune au colonel, inspecteur départemental. À côté de la kermesse, de la fête patronale, du bal des pompiers et des conscrits qui rythment l’année, le cercle paroissial Saint-Bernard continue à animer la vie culturelle et sportive fontainoise avec des séances de ciné-club, des conférences, du théâtre, de la danse et des matchs de football.

La réussite au certificat d’études est encore une source de fierté et les « futures bonnes ménagères » continuent à fréquenter l’école ménagère, mais la société change doucement. Pour que les écoliers de la commune puissent goûter aux joies du ski, les premiers jeudis de neige sont organisés. L’été, un centre aéré est ouvert sur les terrains des Champs d’Aloux appartenant à l’évêché.

Sigrid Pavèse

Fontaine-lès-Dijon dans Le Bien public de 1963

En 1963, les articles consacrés à Fontaine-lès-Dijon laissent davantage de place à la photographie, avec des images de groupes lors de réunions : goûter des « cheveux blancs », enfants patinant sur la mare gelée, noël à la maternelle des Saverney…

Théâtre salle Ste Catherine.

Théâtre salle Ste Catherine.

De nombreux articles sont consacrés au cercle Saint-Bernard, un centre d’accueil et de loisirs des jeunes établi salle Sainte-Catherine. Cette salle construite par la paroisse aux alentours de 1906 se trouvait au niveau du 21 rue Jehly-Bachellier. Elle a été vendue pour construire la chapelle Saint-Martin et a été remplacée en 1966 par une villa. Elle servait pour les cours de couture et de tricot, mais aussi de bibliothèque. Elle était utilisée pour le patronage, le ciné-club. On y organisait des jeux de société, des répétitions de chants, des conférences, des tombolas et une des activités principales était le théâtre, avec au programme, le plus souvent, des pièces comiques qui étaient données au cours de séances récréatives devant un parterre familial. Volontiers ouverte aux autres associations pour des activités communes, elle comprenait des dépendances qui permettaient des réunions. La cour servait de terrain de volley. Le Cercle avait aussi mis sur pied une section football dont les entraînements avaient lieu sur le terrain de la chapelle Saint-Martin, que les Compagnons bâtisseurs continuaient à édifier bénévolement. Jusqu’à sa dissolution en 1965, le Cercle a été un noyau très vivant dans le bourg. En cette année 1963, grâce au dynamisme des dirigeants, des conférences d’hiver sont annoncées toutes les deux semaines sur la spéléologie, la télévision, les rayons X, les hommes grenouilles de la gendarmerie, avec souvent projection de film. Réservées aux jeunes hommes, elles s’ouvrent à la fin de l’année aux jeunes filles… L’autre pôle d’animation fontainois était le café de la Place du Perron avec le bal costumé de la mi-carême, le bal des pompiers, le bal des conscrits. Au café et salle Sainte-Catherine, les protagonistes étaient souvent les mêmes. Ils organisent aussi la kermesse paroissiale, qui cette année-là, se déroule exceptionnellement autour de la chapelle Saint-Martin, afin que son produit puisse être entièrement consacré à sa construction.

La fin prochaine du Fontaine rural se devine au travers de différents communiqués. Le syndicat fruitier voit le nombre d’adhérents qui assistent à la réunion annuelle continuer à diminuer. Devant ce manque d’intérêt, les membres du bureau n’acceptent plus que les livraisons déclarées auparavant. La mairie reçoit toujours les déclarations de récoltes de vin mais les producteurs, de plus en plus nombreux, qui réservent tout leur vin à la consommation familiale n’ont plus à indiquer le degré alcoolique. Quant au droit de chasse sur les friches communales, il est adjugé pour trois ans sans passion particulière. Parallèlement, des Fontainois remportent deux premiers prix au concours départemental des maisons fleuries, catégorie jardin et façade. L’amélioration du cadre de vie encouragée par le département, qui récompense les initiatives des particuliers contribuant à la qualité de vie dans la commune, est une évolution liée à l’urbanisation tandis que les infrastructures déterminantes pour structurer cette urbanisation commencent à voir le jour. Après avoir voté en 1962 l’avant-projet d’assainissement, en 1963, c’est celui d’alimentation en eau potable qui est adopté par le conseil municipal. Le réseau électrique est renforcé et l’éclairage public est modernisé. La deuxième phase de construction du groupe scolaire des Carrois doit permettre de le mettre en service au 1er janvier 1964. Dans cette perspective, la salle de classe de l’ancienne école de garçons va être libérée et le maire obtient qu’elle puisse être transformée en bureau pour la mairie devenue trop étroite.

L’international s’invite lors des fêtes de saint Bernard. L’article qui titre « Saint Bernard, une âme de concile » fait référence au concile Vatican II qui s’est ouvert en 1962. Le quotidien reprend le terme « aggiornamento » utilisé par les évêques pour désigner une volonté de changement dans la religion. Il l’applique à saint Bernard pour rappeler combien cette grande voix a, en son temps, fait bouger l’Europe. Il conclut qu’à l’image du saint, chacun doit chercher à prendre sa part dans cette mise à jour.

Sigrid Pavèse

Fontaine-lès-Dijon dans Le Bien public de 1962

3 Janvier 1962 Mare de Fontaine

Une photo en première page de la région dijonnaise ensevelie sous la neige, illustrée par le spectacle de la mare de Fontaine, rappelle que l’hiver 1961-1962 fut froid et neigeux, mais l’événement qui a marqué 1962 à Fontaine est le début de la construction de la chapelle Saint-Martin. Il coïncide avec le départ du chanoine Romain qui, après 27 ans de ministère, doit céder sa place en raison des atteintes de l’âge. Ce prêtre est remplacé par l’ancien vicaire de la paroisse Saint-Michel, le père André Philbée qui est installé le 17 septembre. La question d’un nouveau lieu de culte entre Saint-Jean-Bosco, Saint-Joseph à Dijon et l’église Saint-Bernard à Fontaine agitait la paroisse depuis 1956.  En effet, cette paroisse avait la particularité d’être scindée en deux parties géographiques : l’ancien village et les nouveaux quartiers situés en périphérie. Les habitants nouvellement installés ne se connaissaient pas et les paroissiens du village pratiquaient l’entre-soi. Une communauté était à créer et la construction d’une chapelle pouvait être un moyen d’établir des liens inexistants jusque-là. Sous l’impulsion de l’abbé Pinston de Saint-Joseph de Dijon, il fut décidé que des bénévoles, les Compagnons Bâtisseurs de Fontaine, prendraient en charge l’édification d’un lieu de culte après avoir, non sans difficulté, trouvé et acquis en 1961 un emplacement à proximité du groupe scolaire des Saverney. Sous la direction de M. Fanet, président de l’association paroissiale de Fontaine, les bonnes volontés sont à l’œuvre et les pelles mécaniques entrent en action dès la délivrance du permis de construire le 8 avril. 25 hommes sont inscrits pour le bétonnage du fond des fondations et le soir du Vendredi saint, Mgr procédait à la bénédiction en plein air de la première pierre. Dès lors, la maçonnerie pouvait commencer à s’élever, mais il faudra attendre trois ans pour inaugurer l’édifice.

Au conseil municipal, le maire renouvelle ses protestations contre les lenteurs apportées à l’élaboration du plan d’urbanisme, qui se concrétisent par un retard dans le développement de la commune. Il y a notamment urgence à détourner le chemin des Grands Champs en raison des difficultés de passage dans le vieux village, où la circulation et le stationnement des véhicules continuent à donner lieu à des protestations, quels que soient les arrêtés pris. Malgré les critiques contre « l’administration », dans la transformation de Fontaine, l’intérêt général se heurte aux intérêts particuliers et la médiation de l’État est nécessaire. Par exemple, dans les lotissements, personne ne veut de l’installation d’un transformateur électrique sur son lot et il faut passer par l’expropriation d’une zone qui sera désignée par EDF. Pour l’enlèvement des ordures ménagères, le conseil doit se résoudre à remplacer le tombereau hippomobile et son préposé par les services infiniment plus onéreux de la Société franco-suisse de nettoiement. C’est une nouvelle étape vers la disparition de l’aspect rural de la commune qui malgré tout subsiste, puisqu’un communiqué met en garde les propriétaires de poulaillers contre les voleurs de poules et de coqs qui sévissent rue du Faubourg Saint-Martin… L’urbanisation en marche donne lieu à une des décisions phare de l’année municipale : l’adoption de l’avant-projet d’assainissement de la commune avec rejet des eaux usées dans le réseau d’égout de Dijon. L’équipement fait l’objet de division en tranches annuelles qui vont s’étendre sur plus d’une décennie pour des raisons techniques et financières.

Les Fontainois participent plus faiblement que la moyenne française aux élections législatives de novembre 1962, organisées par suite de la dissolution de l’Assemblée nationale après le vote de la motion de censure désapprouvant la réforme du mode de scrutin pour l’élection au suffrage universel du Président de la République.  En votant pour l’UNR Henri Berger, Fontaine contribue à donner une confortable majorité parlementaire au président de la République Charles de Gaulle. À Fontaine, l’Indépendant François Japiot est battu, mais d’une courte tête. Cette élimination marque une perte d’influence durable des Indépendants dans le paysage politique, qu’il soit national ou fontainois.

Sigrid Pavèse

Fontaine-lès-Dijon dans Le Bien public de 1961

À Fontaine, l’actualité de 1961 est toujours dominée par l’Algérie : l’année s’ouvre sur les résultats du référendum où les électeurs de métropole et d’Algérie ont été invités à se prononcer sur le principe de l’autodétermination et sur un projet provisoire d’organisation des pouvoirs publics en Algérie. Les Fontainois acceptent à plus de 78% que les populations algériennes décident de leur sort. Par ce vote massif et comme le reste des métropolitains, les Fontainois expriment leur volonté d’en finir avec cette guerre. En Algérie, malgré une participation plus faible, les habitants ont voté dans le même sens, à l’exception de la population européenne qui s’inquiète d’une Algérie séparée de la France. En principe, la rubrique locale tient le lecteur à l’écart des événements nationaux et internationaux.  Pourtant le conseil municipal qui s’est déroulé le 22 avril débute par « un appui sans réserve du conseil municipal à Monsieur le Président de la République et au gouvernement pour la défense de l’autorité de l’État et de la légalité républicaine, et une condamnation de l’action misérable entreprise par les chefs de la faction et leurs complices militaires ou civils », ajoutant que ces sentiments sont également ceux de la population. En effet, contre la politique de décolonisation du général de Gaulle et pour garder l’Algérie française, quatre généraux ont organisé un coup d’état militaire le 22 avril 1961 et se sont emparés d’Alger. Quand le compte-rendu de la séance est rapporté le 27 avril, le putsch est terminé car le contingent est resté fidèle à de Gaulle, chef des armées, mais la prise de position du conseil a quand même été relayée. Par ailleurs, les appelés continuent à servir en Algérie et, pour des raisons à la fois symboliques et de proximité, l’envoi de colis par la municipalité à l’occasion de la fête nationale ne manque pas d’être mentionné.

La rubrique relative à Fontaine-lès-Dijon est avant tout un outil de communication pour le maire qui y fait paraître ses arrêtés marqués par l’époque, tandis que les associations annoncent la date de leurs manifestations : bal et voyage des pompiers, présence de l’alambic… C’est ainsi que l’édile rappelle tantôt que les chiens ne doivent pas divaguer, tantôt qu’il est formellement interdit de déposer des ordures, des matériaux ou de la terre sans autorisation écrite dans les carrières qui ne sont plus exploitées et qui parsèment la commune. Il indique qu’une autre opération de dératisation est programmée. En cette année 1961, une nouvelle ligne d’autobus desservant la rue du Faubourg Saint-Martin est mise en service. Son terminus est la mare, ce qui entraine la convergence de deux bus dans le village… Une longue liste de mesures est alors détaillée, rue par rue et tronçon par tronçon, pour interdire ou limiter le stationnement. Quant aux comptes-rendus de conseils municipaux, ils sont aléatoires et annoncent que l’étude des futurs équipements se poursuit : réseau d’eau, terrain de sports. Le principe de l’établissement d’un bureau de poste est entériné place des Carrois : il faudra attendre cependant douze ans pour qu’il sorte de terre… tandis que la deuxième phase de construction du groupe scolaire des Carrois est inscrite au tableau départemental des constructions scolaires à réaliser en priorité. La municipalité demande à l’autorité de tutelle de vendre par lots les friches du Rompot pour installer des chantiers ou des entrepôts. On sait que l’autorité préfectorale refusera en raison du projet de rocade sud… Aucune allusion n’est faite sur le plan d’urbanisme communal, qui pourtant est adopté la même année. Il ne faut pas chercher un journalisme d’investigation dans les lignes consacrées à Fontaine par Le Bien public. Les mises en perspective fouillées d’un sujet, avec rappel du contexte, en présence de plusieurs points de vue n’existent pas et on ne donne pas la parole aux habitants. Les articles sont surtout des informations pratiques.

Sigrid Pavèse